EXTRAITS
D'abord en une phrase, avec le mot pardon...
Et pourtant, aucun soleil mourant ne saurait nous pardonner d’avoir manqué la première lueur de l’aube.
Tu t’étonneras que j’attende un pardon, l’esquisse d’un remord, un geste de tendresse, une brise salvatrice...
Toi que j’aime aujourd’hui, pardonne-moi cette inavouable méprise. J’ai cru t’aimer mais c’était une erreur.
Pardon pour tes larmes si belles sur tes joues, que je ne verrai pas.
J’avais oublié, déformé mais je n’avais pas pardonné.
Pouvais-je te pardonner ? Te pardonner vraiment. Me dire que tu étais capable d’amour et désirer l’amour dont tu étais capable.
Le pardon offert et le sang versé ; comme le Christ.
Le pardon libère. Je sentais qu’il fallait me libérer.
Avant qu’elle ne m’embrasse, je devinais son apaisant pardon comme une offrande.
Mon panier chargé d’amour et de pardons à t’offrir et à recevoir.
Pardon enfin pour cette ultime révélation.
Puis en plus long pour évoquer l'amour !
Au commencement, il y a l’amour, comme un rêve, comme « le » rêve, la naissance d’un enfant. Mais là n’est pas encore l’enfant. Il n’y a que l’amour dont on devine qu’il y eu un avant mais que seul comptera l’après. Avant il y avait soi. Après il y aura lui. Lui qui occupe toute la place, même les moindres recoins du fond de notre cœur qui déborde. Lui qui inonde nos pensées, s’infiltre en notre corps, jusqu’aux extrémités de nos doigts, de nos cheveux, jusqu’au fonds de notre regard. Alors nos yeux chantent une mélodie inconnue qui nous étonne, que d’autres nous envient sans la saisir.
Cette nuit, nous partîmes en hâte, les yeux pleins de lumière et de doutes ; avec tant de joie, entachée d’une crainte indécente et discrète au fond de nos cœurs. Moi, fébrile, embrumé de sommeil, essayant maladroitement de te réconforter. Toi, impatiente, anxieuse, portant encore en toi ce trésor inconnu, inestimable, fragile et silencieux. Nous quittâmes l’appartement, affairés de rien, mes bras pleins de trop de sacs inutiles, et toi, encore chargée de vie.
Le soir, face à face, fatigués de rien, il me semble parfois que nous avons l’un et l’autre capitulé. Par manque d’ambition amoureuse, nous égrenons la litanie des leurres, d’une banalité à une autre, ajustant méticuleusement nos mots exsangues, enchevêtrés dans trop de compromissions. Pas de vague, ou si peu ; surtout ne pas heurter, ou sur d’insignifiants détails, pour mieux converger vers un consensus mou et vide. Tout est lisse, rond et doux comme l’oreiller sur lequel nous nous retrouvons enfin soulagés de tout ce temps gaspillé. Sagement alignés l’un à côté de l’autre, étrangers l’un à l'autre.